La force des larmes
Article publié en janvier 2025
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Lors d’un entretien, les larmes parfois affleurent.
Lors des mariages ou des enterrements, elles sont souvent au rendez-vous.
Je les accueille avec bienveillance et tendresse, moi qui, encore trop souvent, ai honte de mes propres larmes et mets ma fierté dans ma capacité à éviter mouchoirs, reniflements et mascara qui coule en public. Pourtant, je suis convaincue que la force d’une personne ne réside pas dans le refoulement de ses larmes, mais plutôt dans leur accueil.
Quel bruit fait une larme qui coule? A nos oreilles, elle se fond dans le silence. Mais aux oreilles du cœur, c’est un cri. Quand les paupière s’ourlent de larmes, c’est un trop plein de mots qui cherche à se dire. Une larme, c’est un mot qui n’arrive pas à prendre voix et qui se fraie un passage au creux du regard. Chaque larme qui coule témoigne d’une émotion venue des profondeurs. Chaque larme est partage en-deçà du langage de ce qui pleure au dedans de soi.
Pleurer est une plongée au cœur de l’intensité de chaque expérience. Non pas pour se noyer dans le chagrin, mais pour poursuivre son chemin dans une conscience toujours plus grande de ce qui se joue dans notre existence. Laisser perler une larme sur sa joue peut être l’indice que nous grandissons en en sensibilité et en authenticité.
Ecoutons nos larmes nous parler car elles nous enseignent avec pudeur et discrétion où se logent nos plus grands chagrins, nos plus grandes joies comme nos plus grandes attentes et nos plus grandes déceptions. Nos larmes nous conduisent naturellement à la source de ce qui est souffrant et désirant en nous.
Que nous pleurions de joie, de tristesse ou de rage, nos larmes nous révèlent ce qui est pour nous essentiel. Ainsi, nous versons des larmes quand des liens, des idéaux ou des croyances essentielles sont brisés en nous ou quand ce qui nous fonde n’est pas respecté. Nos larmes nous permettent d’exprimer les amours blessés, les valeurs non respectées, les convictions bafouées et les rêves malmenés.
Lors de la traversée d’une épreuve, verser une larme est un acte de résistance silencieux, un débordement de vie qui s’exprime avant de pouvoir penser et mettre des mots sur ce qui en nous aspire à être guéri, restauré, porté au-delà de l’accablement. Ne plus pleurer, c’est se résigner à être inconsolable… Pleurer, c’est s’ouvrir encore une fois à la vie dans toute sa fécondité. Au jour du malheur, c’est ouvrir les digues de notre cœur. Ces gouttes d’eau au goût de sel nous rappellent que nous sommes encore assez vivants pour jouir de la vie et avoir la capacité d’être à nouveau bouleversé par la beauté.
Chaque larme versée nous rappelle que le désir de vivre « source » toujours en nous et que toute expérience est ensemencement de l’être. Ne laissons pas tarir le puits de nos larmes, elles ont encore tant à (nous) dire.
Revenons à la Source des larmes, eau profonde de l’espérance, eau brûlante de la douleur, eau amère du remords, eau douce de la compassion, eau apaisante du repentir et de la consolation, eau pétillante de la joie.
Marie Sennec