Lettre à ma maman
Article publié en février 2025
En ce Aujourd’hui, j’ai pris la voix/voie de l’écriture et la volonté pour partager avec toi ce que je ressens.
Mes émotions s’emballent tel un cheval sauvage, que j’essaie de contenir, de peur de piétiner les autres ou de perdre une partie de mon âme. Aussi, quand j’essaie de lâcher la bride, les mots ne rendent pas hommage à ce bouillonnement. Ils perdent de leur sens et de leur intensité.
Au lieu de transmettre cette émotion, si puissante lorsqu’elle vit en moi, j’ai l’impression d’aligner des banalités vides de sens. Exprimer mes ressentis n’a jamais été mon fort. Je n’ai pas appris à le faire. J’emploie volontairement le «JE», afin de ne pas prendre une tournure accusatrice, raccourci facile ou demi-vérité, derrière laquelle il serait aisé de me cacher.
À quoi cela servirait-il de pointer vers vous, mes parents, cette lacune ? Pourquoi ne t’ai-je pas parlé plus tôt? Par peur de tes réactions, peut-être. Par lâcheté, sûrement. Je n’ai jamais su bien me positionner dans notre relation.
Khalil Gibran écrit : «Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même. Ils viennent à travers vous, mais non de vous. Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. Vous pouvez leur donner votre amour, mais non point vos pensées. Car ils ont leurs propres pensées. Vous pouvez accueillir leurs corps, mais pas leurs âmes. Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves. Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux, mais ne tentez pas de les faire comme vous. Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier. Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés. L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance pour que Ses flèches puissent voler vite et loin. Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie; car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.»
Je regrette qu’il ne nous guide pas, de même, en tant qu’enfants. Comment trouver l’équilibre entre vous honorer, vous respecter, vous parents, et nous respecter nous-mêmes ainsi que notre nature profonde?
Nos choix peuvent aller à l’encontre de vos propres visions, de vos attentes. Comment vous dire, et vous faire accepter avec les mots adéquats, sans heurts, que les choix qui vous fâchent ne sont pas contre vous, mais pour nous?
Aujourd’hui, je force donc mon courage. Je fais le choix de t’écrire cette lettre, pour rompre ce silence et partager un peu d’intimité et de chaleur avec toi. Il n’est jamais trop tard, dit-on. Car malgré, nos différences, nos silences, nos discordes, je perçois ce lien unique entre nous. Grâce à toi, je suis sur cette terre imparfaite, mais tellement merveilleuse.
Je te dois de pouvoir vivre cette belle aventure. Je t’en suis reconnaissante. De plus, je ne peux qu’imaginer la force qu’il t’a fallu pour me porter jusqu’au bout en ton sein, alors qu’il se jouait de ton histoire personnelle. Enfant, j’ai porté cette tristesse, sans malheureusement être capable de t’en soulager.
Dois-je te nommer ‘mère’ ou ‘maman’. Choisir une seule dénomination me paraît si réducteur. Le mot mère, je trouve, met une distance, provoque une cassure. Sa définition me semble un peu animale puisqu’il s’utilise autant pour les femmes que pour les femelles de toutes espèces. Le terme maman est plus affectueux et me renvoie à une chaleur, une douceur.
J’ai toujours perçu derrière ta carapace, tes propres combats et tes propres démons. J’en connais certains, j’en devine d’autres, j’en ignore le plus souvent. Pour autant j’ai toujours été persuadée en mon for intérieur que tu nous portais de l’amour, à nous, tes enfants. J’aurais aimé plus le ressentir. Que cet amour soit perceptible, à travers tes gestes, à travers tes paroles. J’aurais aimé que ta main passe sur mes cheveux pour me rassurer dans les moments de peine, j’aurais aimé que ta voix murmure «tout va bien se passer» dans les moments de doute, j’aurais aimé avoir le courage de t’affronter dans les moments de colères, trouver les mots apaisants, rassurants, à défaut de les entendre.
Me voici maman, je regrette de ne pas avoir su te dire plus tôt l’amour que je te porte. Il est donc l’heure pour moi, de te dire combien tu comptes pour moi. Ces quelques mots, je te les livre aujourd’hui, en toute sincérité :
«Je t’aime, maman.»
Je regrette la force qui m’a manqué pour affronter la peur qui m’a empêché de te le dire plus tôt ce que je ressentai dans mon coeur. Alors même qu’aujourd’hui, je suis prête à entendre tout ce que, toi, tu aurais à me dire.
Que désormais, tu me perçois, telle que je suis « réellement » et que tu puisses entendre toutes ces émotions qui me submergent pour continuer mon chemin de Vie, paisiblement.
Inspiré de Isabelle MARSAULT